
A intervalles irréguliers, nous publions dans cette rubrique une interview avec une personnalité sportive. C'est aujourd'hui Stephan Wenk, champion Suisse de Duathlon et 3ème du Marathon de la Jungfrau en 2016.

Le palmarès d’Emma Pooley, britannique résidant en Suisse depuis 12 ans, est impressionnant. Elle a remporté de nombreuses victoires lors d’événements cyclistes et de course à pied, de duathlons et de triathlons internationaux. Cette athlète accomplie a rédigé en 2014 sa thèse de doctorat en géotechnique à l’ETH de Zurich et s’est établie depuis comme sportive professionnelle.
Tu as obtenu de très bons résultats tout au long de ta carrière. Quelles ont été à tes yeux les clés de ton succès?
Si on considère que j’ai « fait carrière » dans le sport, alors il s’agissait d’un accident. Je n’ai jamais eu l’intention de devenir un athlète professionnel. J’ai toujours aimé la pratique du sport, mais je n’ai jamais voulu faire carrière dans ce domaine. Je pense que j’ai eu beaucoup de chance dans le domaine cycliste et que j’ai pu bénéficier de belles opportunités. J’ai débuté la pratique de cette discipline à cause d’une blessure due à la course à pied. Quand j’ai déménagé en Suisse (à l’occasion de mon doctorat à l’ETHZ), j’ai pu remarquer que le terrain (les montagnes!) me convenait parfaitement et était adapté pour l’entraînement et les courses. Ensuite, j’ai eu la chance d’être invitée à intégrer en 2007 une équipe UCI exceptionnelle (il s'agissait d’une équipe spécialisée dans le design féminin), qui m’a apporté un grand soutien et un bon équipement avec des camarades et des compétitions formidables. Puis la chance a joué une nouvelle fois en ma faveur lors de la course TT à Pékin, qui correspondait à ma physiologie. Vraiment, j’ai enchaîné les heureuses coïncidences. Mais l’élément clé parmi cette heureuse situation est que j’étais prête à saisir les opportunités qui s’offraient à moi pour les transformer en résultats positifs. Ces décisions n’étaient pas toujours faciles à prendre! J’étais décidée à profiter de ce concours de circonstances pour poursuivre mes rêves et mes ambitions, puisque j’aime vraiment les sports que je pratique. Mais je reste aussi réaliste vis-à-vis de mes compétences et de mes points faibles, et je suis suffisamment critique envers moi-même pour savoir quand je perds mon temps!
Ton nom se retrouve parmi les vainqueurs de nombreuses compétitions. Quels sont tes principes d’entraînement? À quoi ressemble ton entraînement?
Il n’existe de routine d’entraînement standard! Ma méthode d’entraînement ainsi que les sports que je pratique diffèrent selon la compétition à laquelle je me prépare et la période de l’année. Mon principe d’entraînement de base consiste cependant à penser que le travail paie! J’ai appris à mieux connaître mon corps au cours des années, mais je fais toujours des erreurs parce que mes temps de récupération ne sont pas suffisants. Cette erreur est récurrente chez de nombreux athlètes ;-) Je garde toujours en tête que si je parcours une trop longue distance, je vais finir par me blesser. Pour me préparer à des événements tels qu’un triathlon ou un duathlon de longue distance, je pratique des entraînements de cyclisme pour atteindre une bonne base et un état de « pré-fatigue » avant de commencer l’entraînement de course à pied, car cela permet d’en limiter la durée. J’ai réalisé que je pouvais atteindre une condition physique propice à la course à pied en pratiquant le cyclisme, parce un entraînement intense en vélo est très bénéfique pour le système cardio-vasculaire.
Si je devais décrire une journée d’entraînement idéale, voilà à quoi elle ressemblerait: je préfère commencer ma journée par une unité intense (comme un entraînement fractionné), et j’aime me lever tôt. Ensuite, je me laisse le temps de récupérer et je pratique une deuxième unité de technique ou d’endurance en soirée.
Il y 13 ans, tu devenais pour la première fois championne du monde de duathlon. Quelles modifications as-tu apporté à ton entraînement depuis? Quels constats et produits ont modifié et influencé tes expériences sportives?
J’avais quasiment oublié ce championnat du monde de duathlon! Je ne considère pas cette victoire comme un résultat majeur, parce que je me trouvais dans une catégorie d’âge précise et que j’étais pratiquement la seule à en faire partie! Mais à l’époque, j’étais extrêmement heureuse, car je ne pensais pas pouvoir participer à une compétition aux côtés de l’élite.
Depuis cette compétition, j’ai énormément changé. Apprendre à m’entraîner et à participer à des compétitions de cyclisme m’a pris des années, parce qu’il s’agit d’un sport très tactique qui requiert un important travail d’équipe, ce qui était différent de ce que je connaissais en course à pied. Cependant, j’ai énormément appris sur l’importance des personnes que je côtoyais. Et j’ai bien entendu appris à m’entraîner et participer à des compétitions à fond! Avant de participer à une compétition en équipe et de DEVOIR À TOUT PRIX rattraper du temps perdu ou foncer pour franchir la ligne d’arrivée, vous ne pouvez pas savoir à quel point il est possible de pousser vos forces.
La pratique du vélo m’a également permis de développer de grandes connaissances à propos de l’équipement et des éléments importants (ainsi que ceux qui ne le sont pas!). Le savoir acquis grâce à mon master et mon doctorat d'ingénierie m’ont bien aidé pour cela. Je suis intéressée par les défis techniques et j’ai aimé apprendre de nouvelles choses lors des tests de soufflerie avec l’équipe nationale. Ma petite taille (1,57 mètres) représente un défi supplémentaire, et j’ai du mal à trouver un vélo adapté. J’ai la taille limite pour me sentir à l’aise sur un équipement « standard » et au fil des années, je me suis rendue compte qu’il était important de se sentir à la fois à l’aise (pour plus de puissance et éviter les blessures) et d’être aérodynamique. De nombreux cyclistes de petite taille utilisent des vélos qui ne sont pas adaptés et ne le savent même pas, parce qu’ils n’ont jamais vraiment eu le choix. Je pense qu’il était extrêmement important pour moi de choisir mes sponsors pour le vélo et les roues (les vélos Bond et les roues Sense Composite) en fonction de ce qui me convenait le mieux. Ainsi, mon vélo est construit sur mesure et mes roues ont été conçues spécialement pour des cyclistes de petite taille et comprennent les options 700c et 650c. Ces détails ainsi que d’autres éléments revêtent une importance majeure à mes yeux.
J’ai énormément changé mes habitudes alimentaires, d’entraînement et de récupération. Je suis d’avis que des principes de base existent pour chacun de ces éléments, mais que chaque sportif a des besoins différents. Je sais que si j’ai plaisir à réaliser mon entraînement (ce qui dépend énormément du lieu où je me trouve, et j’adore la Suisse) et que je me trouve en bonne compagnie durant celui-ci, alors je suis heureuse et cela peut également contribuer à mon succès lors d’une compétition. Mais c’est être heureux qui reste le plus important :-)
Quels sont tes astuces et conseils pour s’entraîner en hiver?
Je dois avouer que j’ai beaucoup de mal à supporter le froid sur mon vélo! Je suis très frileuse :-( Pendant de nombreuses années, j’ai passé une partie de l’hiver en Australie (certains de mes proches y résident) afin de pratiquer mon entraînement de base sous le soleil! Mais c’est parce que je devais être en forme et prête pour les compétitions du début de printemps. À l’avenir, cela ne sera plus un problème pour moi, et j’ai même hâte que le froid de l’hiver arrive pour associer différents sports afin d’atteindre une forme de base. Pour le mental comme pour le physique, je pense qu’il est très sain de ne plus se concentrer sur une seule et unique pratique sportive pendant une partie de l’année. L’entraînement d’hiver associant le ski de fond, la course à pied, la randonnée, la musculation et de nouvelles disciplines sportives sera non seulement amusant mais également une très bonne chose. Et j’adore courir dans la neige! Mais lorsque le froid de l’hiver est mordant (pour un cycliste de route) et que vous devez réaliser un entraînement spécifique, rien de mieux qu’un « smart trainer » tel que Wahoo Kickr. J’en ai un et je suis vraiment impressionnée par la sensation de cyclisme et la qualité de l’entraînement. Ainsi je n’ai aucune excuse pour ne pas m’entraîner, même en cas de mauvais temps ;-)
As-tu un secret que tu pourrais nous dévoiler?
Je pense pas qu’il existe d’unité d’entraînement clé unique pour un athlète! Pour atteindre une bonne forme physique, un athlète doit réaliser des unités d’entraînement (et de récupération etc.) pendant des mois voire des années. J’ai surtout des conseils généraux à partager: premièrement, il faut avant tout aimer s’entraîner. Deuxièmement, il est bien de s’entraîner si possible avec d’autres athlètes meilleurs que vous qui vous pousseront à devenir meilleur puisque vous essaierez de les égaler (je remercie tellement mes compagnons d’entraînement!) Et si en plus vous aimez passer du temps avec eux, c’est encore mieux ;-). Enfin, pensez aux pauses café avec des petits en-cas ;-). Si vous êtes à la recherche d’idées pour des en-cas équilibrés, suivez mes réalisations culinaires sur mon compte Instagram @pocketporridge!