
A intervalles irréguliers, nous publions dans cette rubrique une interview avec une personnalité sportive. C'est aujourd'hui Viktor Röthlin, champion d'Europe du marathon 2010.

Toute personne ayant déjà entrepris une randonnée de montagne avec un lourd sac à dos, ressent rapidement le handicap dû au poids supplémentaire. Et bien qu’en fin de compte, de nombreux facteurs déterminent le niveau de performance sportif, le poids constitue un point central, surtout dans les sports d’endurance et donc également en course à pied.
L’explication fait tout d’abord appel Ă des lois purement physiques: avec des kilos en moins, le rapport poids-force s’amĂ©liore, et vous soulevez et absorbez Ă chaque pas un poids moins important. Si la gravitĂ© est plus importante, comme par exemple en montĂ©e, vous ressentez d’autant plus que votre performance devient meilleure si votre poids est plus lĂ©ger. Qu’ils soient marathoniens, gagnants du Tour de France ou coureurs de montagne, les sportifs les plus rapides sont tous des «crayons» et non des «gommes», comme le sont par exemple les sprinters.Â
Prenons l’exemple du marathon: les meilleurs coureurs comme Haile Gebrselassie (164cm/54kg) ou Viktor Röthlin (172cm/60kg) sont des poids plume, et les coureurs de montagne et les skieurs tels que Kilian Jornet (171cm/58kg) pèsent bien souvent moins de 60 kg. Dans le sport de masse, le poids joue Ă©galement un rĂ´le pour la performance: les experts en entraĂ®nement partent du principe que sur une distance de marathon, tout kilo superflu reprĂ©sente environ deux minutes de plus sur le temps de course final. Pour le formuler autrement, si vous souffrez de surpoids, chaque kilo perdu pendant votre prĂ©paration au marathon reprĂ©sente environ deux minutes de moins sur votre temps final. Il est cependant important que la perte de poids concerne la masse graisseuse et non la masse musculaire. Il ne s’agit pas de faire un rĂ©gime radical pour maigrir rapidement, mais de modifier son comportement sur le long terme. Vous devez Ă©galement connaĂ®tre la limite entre le poids idĂ©al et le surpoids.Â
Pour connaĂ®tre votre poids idĂ©al, vous pouvez calculer votre IMC, soit Indice de Masse Corporelle, Ă©valuant le rapport entre taille et poids de diffĂ©rentes personnes. La formule Ă appliquer est la suivante: IMC = poids divisĂ© par la taille au carrĂ©. Exemple: un coureur d’1,80 m et de 75 kg dispose d'un IMC de 23,1.Â
On considère normalement en sous-poids les personnes disposant d’un IMC inférieur à 18,5, celles situées entre 18,5 et 25 comme ayant un poids normal et enfin, les personnes en surpoids affichent un IMC supérieur à 25. Pour les coureurs les plus rapides de l’élite des sports de course, l’IMC se situe entre 18 et 21. Et étonnement, ces chiffres ne varient pas en fonction de la discipline, que les coureurs préfèrent le 800 m ou le marathon.
Ceci dit, utiliser l’IMC prĂ©sente un grave inconvĂ©nient: en effet, mĂŞme si le rapport entre la taille et le poids est important, la relation entre le poids et la masse musculaire est dĂ©cisive pour dĂ©velopper vos performances maximales dans une discipline telle que la course Ă pied. En disposant uniquement de l’IMC, il est donc difficile de prĂ©voir avec prĂ©cision le potentiel de performance d’un sportif. Vous pouvez cependant prĂ©voir que le rapport entre le corps et le poids, c’est-Ă -dire l’IMC, Ă©volue en règle gĂ©nĂ©rale positivement au cours des annĂ©es d’entraĂ®nement: la masse musculaire «lourde» se dĂ©veloppe durant l’entraĂ®nement, mais ce gain de poids est largement compensĂ© par la perte encore plus importante de masse graisseuse.Â
Cela permet aux athlètes rapides voire très rapides d’obtenir un IMC d’environ 20 après plusieurs annĂ©es d’entraĂ®nement. Sans parler des sprinters, ce rapport se retrouve chez les coureurs d’élite quelle que soit la distance de course parcourue. En raison de l'importante masse musculaire nĂ©cessaire pour amĂ©liorer leur force, les sprinters disposent en moyenne d’un IMC nettement plus Ă©levĂ©. L’IMC des cinq sprinters les plus rapides de tous les temps se situe environ Ă 22, Ă peine. Cette valeur est environ 10% plus Ă©levĂ©e que le rapport moyen des cinq meilleurs coureurs de tous les temps ayant pratiquĂ© le 800 m, le 5 000 m et le marathon.Â
Pour les athlètes poids plume et déjà bien entraînés, ce n’est pas l’IMC mais le bon équilibre qui est important. En fonction de la masse corporelle, chacun d’entre nous dispose d’un poids minimum limite à observer sous peine de perdre une trop large quantité de matière. Il est parfois dur de déterminer où il se situe, surtout qu’en cas de poids moins élevé, la prestation a d’abord tendance à s’améliorer nettement. Puis la roue tourne et une perte de poids supplémentaire cause plus de dégâts que d’avantages au niveau du temps de course. L’anorexie et ses conséquences dramatiques peuvent souvent en résulter dans certaines disciplines sportives de performance (course de fond, ski de fond ou saut à ski).
Conclusion : en général, afin de pouvoir courir vite le plus longtemps possible, de nombreuses conditions doivent être respectées. La masse corporelle en fait partie, mais pas seulement. En plus des qualités corporelles (taille, poids, proportions), un métabolisme optimisé (prise d’oxygène et capacité de transport), des conditions mentales (par ex. état d’esprit, motivation, volonté), des capacités moteurs (forme physique et coordination) ainsi que leur bon usage en alternance permettent de réaliser une bonne performance. Il s’agit donc de porter son attention sur tous les facteurs à la fois et non uniquement sur la masse corporelle.